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Chapelle St Michel du Cousson

Pourquoi la liturgie ne retient-elle d’Esther qu’un seul texte, apocryphe ?

Première lecture des textes du jour : Esther (4,17) ->

En ces jours-là, la reine Esther, dans l’angoisse mortelle qui l’étreignait, chercha refuge auprès du Seigneur. Se prosternant à terre avec ses servantes du matin jusqu’au soir, elle disait : « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, tu es béni. Viens à mon secours car je suis seule, et je n’ai pas d’autre défenseur que toi, Seigneur. Car je vais jouer avec le danger. Dans les livres de mes ancêtres, Seigneur, j’ai appris que ceux qui te plaisent, tu les libères pour toujours, Seigneur. Et maintenant, aide-moi, car je suis solitaire et je n’ai que toi, Seigneur mon Dieu. Maintenant, viens me secourir car je suis orpheline, et mets sur mes lèvres un langage harmonieux quand je serai en présence de ce lion ; fais que je trouve grâce devant lui, et change son cœur : qu’il se mette à détester celui qui nous combat, qu’il le détruise avec tous ses partisans. Et nous, libère-nous de la main de nos ennemis ; rends-nous la joie après la détresse et le bien-être après la souffrance. »

La Bible de Jérusalem : Esther (4,17) →

O Dieu, dont la force l’emporte sur tous, écoute la voix des désespérés, tire-nous de la main des méchants et libère-moi de ma peur!

Comment croire en l’Église après cela ?

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12 commentaires

  1. Cat-modératrice

    Bonjour Pelostome,

    Cela me fait plaisir de vous lire à nouveau !
    Le verset 17 du chapitre 4 d’Esther est très très long, et vous citez deux parties différentes de ce verset, c’est pour cela que cela ne concorde pas.

    • Pelostome

      Bonsoir,

      il semble que ce soit plus complexe que cela ; à la base, le découpage en versets est justement pensé pour avoir des parties courtes, afin de mieux s’y retrouver.

      J’ai essayé de me renseigner : il semble que le livre d’Esther a été rédigé en hébreu, et que plusieurs passages ont été ajoutés en grec ; les protestants les considèrent comme apocryphes. Les catholiques, qui les considèrent comme deutérocanoniques, ont inséré ces passages, faits de plusieurs phrases, comme un seul verset (à chaque ajout).

      Je ne suis pas un spécialiste, mais il me semble que la liturgie catholique ne lit qu’un seul et unique passage d’Esther : celui-ci ; or, même si le style est très beau, il s’agit simplement d’une emphase visant à accentuer le côté dramatique de l’œuvre.

      Il se trouve que celle-ci est incroyablement et inexplicablement actuelle : elle relate un complot ourdi contre les Juifs comme un véritable génocide, au motif que ceux-ci, parfaitement intégrés par ailleurs aux quatre coins de l’empire perse, refusent d’abdiquer certaines règles de leur foi (un peu comme les femmes musulmanes qui gardent leur voile dans l’espace public). Le second du roi, Aman, projette de les exterminer tous le même jour, et Esther, femme du roi, qui ne lui a pas révélé sa judéité, doit aller le trouver alors que cela lui est interdit et passible de la peine de mort, pour plaider en faveur de son peuple ; cela explique aisément l’angoisse qui l’étreint.

      Heureusement, son charme agit et le roi l’écoute ; mais comme son décret ordonnant le génocide ne peut pas être annulé, il permet à Esther et son oncle d’en rédiger un autre, qui légitime totalement la résistance des Juifs, y compris par la force : il en résulte un massacre de leurs agresseurs.

      Une fête solennelle et perpétuelle est instituée pour commémorer ce massacre légitime : Pourim, la fête des dés… qui ressemble à une sorte de carnaval.

      Tout cela m’évoque abominablement la réplique inhumainement disproportionnée du gouvernement Netanyahou après les horreurs du 7 octobre 2023. Comme si ce livre, quelque part, légitimait un massacre dénoncé même par l’ONU.

      L’Église, elle, ne retient qu’une prière magnifique, certes, mais décorrélée du reste de l’histoire. Ça me ronge. Ça me révulse. Je me dis que l’Église n’est pas responsable de cela. Il n’empêche : j’ai encore une fois l’impression qu’elle fait son marché en ne choisissant que ce qui l’arrange… y compris des ajouts tardifs qui font clairement débat, et permettent en même temps de dissimuler la violence extrême inhérente à la Bible.

      • Cat-modératrice

        Bonjour Pelostome,

        La numérotation des versets de la Bible est une invention formidable d’un protestant du XVIe siècle (comment faisait-on avant ?). Les catholiques ont adopté son découpage. Il est donc normal que pour les textes considérés comme canoniques par les catholiques et apocryphes par les protestants, la numérotation puisse être différente.

        Je ne suis pas d’accord avec vous quand vous reprochez à l’Église de choisir « des ajouts tardifs qui font clairement débat ». L’Église reconnaît comme Parole de Dieu tous les textes qui sont dans la Bible catholique. Elle ne peut pas les traiter différemment selon qu’ils sont reconnus ou non par les prostestant. C’est l’Église qui a décidé de quels livres sont dans la Bible. Pour l’Ancien Testament, elle a intégré les écrits juifs, les Juifs n’étant pas unanimes sur le corpus sacré. Elle a discerné et décidé quels livres intégrer. Ce n’est pas une décision scientifique « qui fait débat », mais une décision théologique. Pour le Nouveau Testament, c’est entièrement la nouvelle Église qui a choisi quels textes étaient sacrés. Elle a ce pouvoir. Il fallait bien que quelqu’un ait ce pouvoir, sinon il n’y aurait pas de Bible ! Ce n’est pas une décision arbitraire, il y a eu un discernement, des critères théologiques, des discussions. Mais la Bible étant un livre sacré qui est la Parole de Dieu pour nous, il fallait bien trancher. Les livres qui ont intégré la Bible sont tous la Parole de Dieu pour nous. Pas de la même manière que le Coran pour les musulmans, bien sûr.

        C’est vrai qu’il y a des passages d’une violence extrême dans la Bible, et cela me dérange profondément aussi. Comme d’autres passages violents, on ne sait pas dans quelle mesure ce texte d’Esther est historique, ou s’il n’est pas là juste pour transmettre un enseignement sur la confiance en Dieu. L’Église veut nous faire profiter de cet enseignement avec cette prière qui a beaucoup de sens. Cela ne revient pas à justifier le massacre qui suit ni les actes de Netanyahou. D’ailleurs, quand Esther parle au roi, elle lui demande seulement l’abrogation du décret demandant la mort des Juifs. C’est Mardoché qui compose le décret opposé avec l’invitation à la légitime défense (tuer ceux qui nous attaquent en vue de nous tuer) et malheureusement l’invitation à tuer les femmes et les enfants des ennemis.

        • Pelostome

          Bonjour,

          j’ignorais que le découpage de la Bible en versets était l’œuvre d’un protestant ; je comprends mieux l’insertion de ces versets à rallonge.

          Je me suis mal exprimé en écrivant : « L’Église, elle, ne retient qu’une prière magnifique, certes, mais décorrélée du reste de l’histoire » ; je ne voulais pas parler de l’Église en général mais plus précisément de la liturgie, qui insiste toujours sur la prière, le pardon, l’amour, en méconnaissance totale du dilemme de la violence : face à l’extermination, elle est légitime, mais elle entraîne la spirale de la vengeance. Il s’agit d’une question existentielle, à laquelle la liturgie refuse catégoriquement de répondre.

          J’ai relu le texte : c’est bien Mardochée qui rédige le décret légitimant la violence des Juifs. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est qu’il y est acculé parce que le décret précédent d’Assuérus est irrévocable : lui-même ne peut pas annuler ce qu’il a décidé auparavant. Il y a bien un piège dans les lois humaines, et la liturgie refuse encore une fois d’y répondre.

          En ce qui concerne le débat sur ces versets, je ne me réfère pas, bien sûr, à l’Église catholique elle-même, mais au débat entre catholiques et protestants, ainsi qu’entre les Juifs eux-mêmes.

          Je me trouve d’ailleurs confronté à un défi de même nature avec l’Évangile de ce jour : dans le chapitre 21 de Mathieu, le texte des vignerons homicides est mystérieusement amputé de son verset 44 : « Et celui qui tombera sur cette pierre sera brisé ; mais celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera ». Le commentaire qu’on peut trouver sur ce passage en https://www.levangile.com/bible-annotee-matthieu-21-note-44 est éloquent : « Israël sera châtié non seulement en ce que le royaume lui sera enlevé, mais en ce que lui-même sera détruit. Ce verset exprime le côté positif et terrible du châtiment, dont le verset 43 indique le côté négatif. L’image employée est présentée sous deux faces différentes. D’abord la pierre est considérée comme gisant sur le sol et l’incrédulité aveugle vient s’y briser (Ésaïe 8.14-15). C’est le Sauveur dans son état d’humiliation. Ensuite, cette même pierre est considérée comme tombant sur les rebelles et les réduisant en poussière, c’est le Sauveur dans sa gloire exerçant le jugement (Daniel 2.34) ».

          Ici, le verset en question semble bien faire débat à l’intérieur même de l’Église catholique : la Bible de Jérusalem l’omet, alors que l’AELF l’inclut dans sa Bible… mais pas dans la liturgie !

          La liturgie a bel et bien gommé une parole de Jésus particulièrement violente. J’en reviens à ma question initiale : comment croire en l’Église après cela ?

          • Cat-modératrice

            Bonjour Pelostome,

            Veuillez m’excuser d’avoir tant tardé à vous répondre, cela est dû à de sérieux problèmes de santé, qui risquent aussi de retarder les réponses suivantes.

            Je ne comprends pas très bien ce que vous voudriez que la liturgie catholique fasse concernant le livre d’Esther ?

            Concernant le verset 44 du chapitre 21 de Matthieu, il n’est pas dans la Bible de Jérusalem, parce que c’est probablement un ajout qui ne se trouve pas dans tous les manuscrits. Les différences entre les manuscrits peuvent être dus à des erreurs de copie, ou peuvent venir d’une intention pieuse du copiste qui fait du zèle. C’est pourquoi l’adoption ou non des versets qui ne sont présents que dans certains manuscrits peut varier selon les traductions de la Bible.

  2. Pelostome

    Bonjour Cat,

    j’espère de tout cœur que votre santé s’améliore. Mes interrogations me semblent si futiles auprès de ce que vous pouvez traverser. Je vais quand même essayer de répondre à votre question et votre commentaire, en espérant ne pas ajouter de tourment à ceux que vous avez probablement déjà.

    Ce que j’attends de l’Association Épiscopale de Liturgie Francophone à propos du livre d’Esther ? Ma foi, simplement de choisir une position claire : soit la liturgie lit l’essentiel, voire l’intégralité de ce livre, sans en oblitérer la violence, soit elle n’en lit rien… Après tout, le livre de Jonas, qui contient quatre chapitres, est présenté quasiment in extenso dans la liturgie, et le livre d’Esther en contient 10 ; l’AELF pourrait en lire à peu près la moitié, non ? Cela pourrait permettre d’éviter de présenter, lors de l’office liturgique, un livre d’une violence inouïe comme un modèle extraordinaire de piété et de dévotion : c’est assez malhonnête comme démarche.

    De même, le verset « manquant » dans la parabole des vignerons homicide est assez significatif. Si je comprends bien, puisque c’est un protestant qui a instauré la numérotation en versets, et que celui-ci porte un numéro, c’est donc que même les protestants le reconnaissent comme canonique. La Bible de Jérusalem, non ; soit. L’AELF le reconnaît comme canonique, puisqu’elle le mentionne dans sa traduction de la Bible… alors, pourquoi ne l’inclut-elle pas dans le texte qui est lu lors de la liturgie ?

    • Cat-modératrice

      Bonjour Pelostome,

      Je vous remercie pour votre délicatesse. Mes problèmes de santé sont loin d’être résolus, cependant n’hésitez pas à écrire ici, je vous répondrai selon mes possibilités.

      Je comprends votre point de vue pour le livre d’Esther, mais je ne trouve pas qu’il soit malhonnête de lire la prière d’Esther toute seule. La violence de la réponse à cette prière n’enlève rien à la valeur de l’acte de courage et de confiance de cette femme alors même qu’elle est terrifiée. Ce n’est pas Esther qui a réclamé cette violence. Cependant il serait important d’aborder la question de la violence dans la Bible, à cette occasion ou par ailleurs. Bref je suis d’accord sur le fait qu’il ne faudrait pas occulter la violence de la Bible, d’autant plus que les catholiques qui lisent la Bible par eux-mêmes se retrouvent assez démunis devant ces passages qui semblent contredire l’existence d’un Dieu d’amour !

      Pour ce qui est du verset manquant dans le texte du jour mais pas dans le texte continu de la traduction liturgique, ce n’est pas la première fois que je vois une différence de traduction entre le texte continu de la traduction liturgique et un texte du jour. C’est comme si des personnes différentes avaient traduit les textes du jours et la Bible globale. Il me semble d’ailleurs que les textes de la messe de chaque jour ont été traduit d’abord, et ensuite ils ont publié une Bible entière. Est-ce que des personnes différentes ont été responsables de ces traductions, et celles s’occupant de la traduction de la Bible entière ont voulu faire des modifications par rapport aux choix de traduction des textes du jour ?

      • Pelostome

        Bonjour Cat,

        je me suis souvent adressé à vous en pleine détresse spirituelle et vous avez supporté mes jérémiades ; vos réponses m’ont apporté des éléments de réflexion précieux et m’ont fait progresser. Je me sens pauvre devant votre maladie et impuissant à vous apporter une quelconque aide en retour, mais vous restez dans mes pensées et mes prières.

        Concernant le livre d’Esther, je reconnais que le titre de ma révolte, utilisant le terme « apocryphe », est un peu exagéré, mais il se trouve que c’est pour moi le nœud du problème : vous me dites que vous ne trouvez pas malhonnête le fait de lire la prière d’Esther seule… mais cette prière n’existe pas dans le texte hébreu original ! Elle a été ajoutée au moment de la traduction en grec !

        Quand je gratte un peu, la liturgie ne me laisse jamais tranquille. Ainsi, dans le passage des Actes des Apôtres lu le mercredi 20 mai 2026, au chapitre 20, verset 35, Paul déclare : « De toutes manières je vous l’ai montré: c’est en peinant ainsi qu’il faut venir en aide aux faibles et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui a dit lui-même: Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. »

        Clairement, aucun des 4 Évangiles ne mentionne cette parole de Jésus ! Mais comme elle est placée dans la bouche de Paul par son disciple Luc, n’importe qui peut prétendre que Jésus l’a bien prononcée. C’est la même chose avec la prière d’Esther : la simple lecture des passages présents dans le texte grec uniquement permet de comprendre qu’il s’agit de paragraphes lénifiants destinés à adoucir et / ou justifier l’extrême violence du reste du livre. C’est dans ce sens que j’ai utilisé exagérément le terme « apocryphe ». Pour moi, c’est comme si un prêtre bâtissait tout son sermon sur la seule phrase de Paul : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir », en oblitérant totalement l’Évangile. Si c’était le cas, je pense que vous trouveriez cela malhonnête puisque cette phrase n’est pas attestée dans les Évangiles. C’est la même chose pour moi avec ce passage d’Esther.

        C’est également la même chose pour le verset manquant de Mathieu : même en admettant que l’AELF ait d’abord écrit la traduction pour la liturgie, et ensuite celle de la Bible en entier, pourquoi donc ce verset violent a-t-il été omis dans la liturgie, si ce n’est pour adoucir le propos et garder paisiblement les bonnes âmes charitables du troupeau de l’Église dans une tiédeur rassurante et soporifique ? Bien sûr, il y a la thèse selon laquelle ce verset se trouve dans certain manuscrits et pas dans d’autres, mais si c’était là la raison pour laquelle ce verset n’a pas été retenu dans la liturgie, alors il n’aurait pas été retenu dans la traduction de la Bible entière (comme c’est le cas dans la Bible de Jérusalem).

        Je me remets à me plaindre, veuillez m’en excuser ; ce n’est pas mon intention première : je souhaitais simplement argumenter pour vous convaincre. Je vous souhaite une belle journée et le meilleur à venir.

        • Cat-modératrice

          Bonjour Pelostome,

          Vous m’apportez votre empathie et votre prière, et c’est ce dont j’ai le plus besoin. Je confie aussi à votre prière la grosse opération que je vais avoir jeudi prochain 2 juillet.

          Malheureusement, mon mari et moi avons décidé de fermer le site, pour des raisons financières, à moins que nous trouvions quelqu’un, de la même sensibilité, qui veuille prendre notre suite et donc payer l’hébergement du site. Il y a de nombreuses pages sur ce site, alors ça finit par coûter cher.

          Pour moi, le fait que la prière d’Esther fasse partie d’une addition en grec ne change rien au fait que c’est la Bible. L’Église catholique a discerné que ces textes faisaient partie de la Parole de Dieu. Si l’Église catholique est habilitée à discerner que les lettres de saint Paul font partie de la Parole de Dieu (même saint Pierre le dit dans une de ses lettres) et que les évangiles dits de Thomas et de Jacques ne le sont pas, pourquoi ne serait-elle pas habilité à intégrer des textes grecs supplémentaires ?

          Je ne comprends pas ce qui vous pose problème dans le fait que Paul cite une parole de Jésus qui n’est pas dans les Évangiles. Paul était en contact avec plusieurs disciples de Jésus, il est probable qu’ils lui aient transmis plus que les courts textes des Évangiles. Par exemple, il a voyagé avec Marc qui était probablement le disciple de Jésus qui s’est enfui tout nu au moment de l’arrestation de Jésus. Durant les longs voyages en bateau, Marc a dû raconter bien des choses à Paul. Vous dites « n’importe qui peut prétendre que Jésus l’a bien prononcée ». À partir du moment où saint Paul et saint Luc constituent une grande partie du Nouveau Testament, si on ne rejette pas la Bible en bloc, on peut supposer que ces deux hommes ont pour vocation de nous transmettre quelque chose de Dieu et ne vont pas nous mentir volontairement, même si on peut être en désaccord avec Paul sur certains de ses points de vue personnels.

          Vous dites : « c’est comme si un prêtre bâtissait tout son sermon sur la seule phrase de Paul : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir », en oblitérant totalement l’Évangile. » Tout dépend de ce que vous entendez par « en oblitérant totalement l’Évangile ». Si le prêtre fait un sermon en contradiction avec les Évangiles, je ne serais pas d’accord. Si le prêtre fait un sermon sur la phrase biblique « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » sans citer les Évangiles à son appui, mais sans être en contradiction avec les Évangiles, cela ne me choquerait pas, puisqu’il s’agit bien d’un verset biblique. En ce qui concerne Esther, étant donné que ce n’est pas elle qui a voulu les violences, je ne considère pas que lire sa seule prière soit choquant, à condition que la violence dans la Bible soit abordée par ailleurs.

          Pour ce qui est du verset manquant de Matthieu, je me pose la question si la traduction liturgique globale, et la traduction de chaque texte de la messe, n’ont pas été faites par des personnes différentes, ce qui expliquerait les différences de traduction, les traductions des textes de la messe ayant été faites avant la traduction globale. Je ne vois pas en quoi ce serait l’intérêt de l’Église de « garder paisiblement les bonnes âmes charitables du troupeau de l’Église dans une tiédeur rassurante et soporifique ». Si, comme vous le pensez, c’est l’intention de ceux qui ont choisi et traduit les textes, je pense que c’est d’autant plus une erreur de leur part que les catholiques vont du coup être confrontés aux textes violents dans leur lecture personnelle de la Bible, et là ils ne seront pas aidés par un prêtre, et c’est là que certains pourraient vraiment être choqués et scandalisés.

          • Pelostome

            Bonsoir Cat,

            je prie pour vous et vous souhaite le meilleur pour votre opération.

            Concernant le livre d’Esther, je ne suis pas choqué que l’Église catholique retienne un texte qui a été écarté par les protestants : chacun a ses raisons, et je ne pense pas que les unes soient plus ou moins recevables que les autres.

            Pour reprendre l’exemple du précepte attribué à Jésus par Paul et rapporté par Luc, Roselyne Dupont-Roc, bibliste, écrit dans Prions en Église : « malgré l’allégation de Luc, l’auteur des Actes, cette phrase n’est attribuée à Jésus dans aucun évangile. Elle relève des maximes de sagesse dont on a des exemples dans la littérature grecque comme dans le monde perse ».

            Il est difficile de trancher entre votre suggestion et la sienne. Ce qui est clair, par contre, c’est que Matthieu rapporte au chapitre 10, verset 34, de son Évangile cette parole de Jésus : « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ». Même si cette parole est là pour illustrer l’exigence du Royaume, elle porte manifestement en elle une forme de violence.

            Ce que je veux signifier, ce que, si la liturgie rapportait, au cours de ses célébrations : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » et pas « Ne croyez pas que je suis venu apporter la paix sur la terre », alors elle se montrerait coupable de mensonge par omission, en oblitérant une certaine forme de violence au profit d’une sagesse humaine et consensuelle – même si l’autre phrase reste disponible dans la Bible in extenso.

            Pour moi, c’est ce qui arrive avec la prière d’Esther. Certes, elle est bien écrite. Et encore une fois, je n’incrimine pas la traduction de la Bible par l’AELF. La question, c’est ce que la liturgie célèbre de la Bible : uniquement la dévotion, la ferveur, l’humilité, en oblitérant la violence du reste du texte.

            Cela m’amène à m’interroger sur l’histoire de l’AELF. Le sigle même : Association Épiscopale pour la Liturgie Francophone, souligne assez son caractère officiel, puisqu’elle est l’émanation des évêques, et son rôle premier : la liturgie en langue française. J’imagine dès lors qu’elle a été fondée dans la foulée du Concile Vatican II, dans la mesure où, auparavant, la liturgie était célébrée en latin.

            Je serais assez étonné si, comme vous le dites, c’étaient des personnes différentes qui avaient écrit la traduction des textes liturgiques d’une part, celle de la Bible entière d’autre part. Dans ce cas, non seulement les textes lus à la messe seraient impitoyablement charcutés comme j’ai pu le noter plusieurs fois, mais surtout, les phrases communes seraient forcément différentes, puisqu’elles auraient été traduites par des personnes différentes. Il ne me semble pas que c’est le cas. J’ai vérifié ce matin les textes du jour, et les passages correspondants dans la traduction de la Bible par l’AELF : pour ce jour, en tous cas, les mots sont bien les mêmes. Si un jour je décèle une différence, je le reconnaîtrai volontiers.

            La question me revient dès lors : quand bien même la traduction pour la liturgie aurait été réalisée en premier, pourquoi certains passages n’apparaissent-ils pas ? Pour des questions de longueur ? Ce n’est pas vraiment tenable : le dialogue de Jésus et de la Samaritaine est reproduit in extenso dans une seule célébration, alors qu’il couvre 80 % du chapitre 4 de l’évangile de Jean ! Alors, qu’est-ce qui a pu motiver des érudits à édicter : « Ce verset est bon les fidèles, mais pas celui-ci » ?

            Qu’est-ce que cela dit de l’histoire de notre Église contemporaine ? Quel était le but ? Les traducteurs avaient-ils peur de confronter à la violence biblique des générations de chrétiens qui n’entendaient jusqu’alors la Parole de Dieu que dans une langue morte, qu’ils ne comprenaient pas forcément, et dont l’explication était déléguée à la parole du prêtre lors du sermon – le seul moment de la messe où il s’exprimait en langue vernaculaire ?

            Pensaient-ils consciemment ou inconsciemment qu’il valait mieux taire cette violence pour éviter que les fidèles désertent les églises ? Si c’est le cas, ils se sont doublement – et lourdement – trompés : cela n’a pas empêché la désaffection des chrétiens, ni le ressentiment inouï provoqué par les violences de l’Église telles qu’elles ont été révélées ces dernières années.

            Peut-être serait-il temps de reprendre le travail au début ? De ne pas se voiler la face, d’accepter cette forte violence de la Bible même pendant nos célébrations dominicales ?

            Très sincèrement, je n’en sais rien, parce que, je le répète, je ne sais rien des raisons qui ont conduit des traducteurs certainement très sincères dans leur foi, à dépecer ainsi les textes. Il faudrait commencer par ce point. Si un jour vous avez une réponse sur ce sujet, je serai heureux de la lire.

            Ces derniers jours, une autre question m’est venue, mais elle concerne un autre point. Je la poserai dans un autre fil, sauf si le fait de me lire et de me répondre constitue pour vous une épreuve qui aggrave la souffrance provoquée par votre maladie. En attendant, j’espère de tout cœur que votre opération de jeudi se passera le mieux possible.

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